Contournement d’Ussel, un Projet qui ne fait pas l’unanimité

Gagner en temps, en confort, en sécurité, en fluidité. Voilà là bien des promesses alléchantes pour les automobilistes qui empruntent la RD 926 chaque jour pour aller travailler, pour ceux qui utilisent cette portion occasionnellement ou encore pour ceux qui doivent rejoindre l’A75.

Des promesses qui s’inscrivent dans le cadre du Pacte pour le Cantal qu’ont conjointement signé le Département et la Région et qui vise à désenclaver le département, notamment en améliorant ses routes avec une enveloppe dédiée de 42,5 M€. Parmi les investissements envisagés sur le territoire, le contournement nord de Saint-Flour, la déviation d’Ussel et la liaison RN 122/RD 926 avec la déviation de Murat.


Mais ces promesses ne datent pas d’hier. En juillet 1997 déjà, lors d’une conférence interministérielle qui s’était tenue à Mende (Lozère), il avait été annoncé « qu’il ne devait plus y avoir de points à plus de 45 minutes d’un aménagement de type autoroutier », rappelle Denis Audouard, directeur adjoint des routes départementales.

Aucun tracé encore validé….

Vingt ans plus tard, si le contournement de Saint-Flour est, lui, sur les rails avec un démarrage des travaux prévu au printemps 2018, celui d’Ussel n’en est qu’à ses prémices.
« C’est une opération très très en amont. Aucun tracé n’a été validé. Il n’y a pas de calendrier établi. Il faut d’abord mener des études environnementales, archéologiques, trouver un financement… Au mieux, si tout se passe bien, on est à l’horizon 2012/2022 », explique Denis Audouard.
Et de préciser que « la prochaine étape, qui n’a pas encore été programmée, sera de recenser les enjeux et les contraintes de cet aménagement. Il faut d’abord terminer la déviation de Saint-Flour ».

… mais « un projet d’avenir »

Pour Didier Achalme, conseiller départemental en charge des routes, « ce projet a du sens. C’est la suite logique du contournement de Saint-Flour. Si on améliore d’un côté, il faut avoir une cohérence dans l’aménagement global. A partir du moment où la déviation de Saint-Flour va se mettre en place, il y aura une augmentation de la
circulation et si on ne veut pas créer d’engorgement, il faut anticiper sur l’avenir et fluidifier la circulation ».
Selon lui en effet, « lorsqu’on arrive sur la Planèze, il y a deux points de ralentissement : un dans la traversée d’Ussel limitée à 50 Km/h, où on perd facilement 1 à 2 minutes, et un à Charmensac limité à 70 ».
Et pour avoir « un axe structurant, créer une colonne vertébrale », comme le souhaite Didier Achalme, il faut éliminer ces deux points noirs.

5.000 véhicules traversent Ussel chaque jour

Si le conseiller départemental voit donc d’un très bon oeil cette opération pour l’ensemble des habitants du Cantal et pour l’attractivité du département, il assure également que ce contournement sera « une bonne chose pour Ussel et un vrai plus pour la clientèle touristique ».
Les résidents et les touristes de passage dans les hébergements du secteur ne seront alors plus gênés par le bruit des poids lourds notamment, mais aussi des voitures. Une pollution sonore qui a en effet été démontrée avec le passage de plus de 5.000 véhicules chaque jour.
Et Didier Achalme de conclure : « si on ne traite pas ces sujets aujourd’hui, on ne pourra peut-être plus le faire plus tard. Soyons ambitieux pour le Cantal ».

Une décision qui ne fait pas l’unanimité : Nadine Dufour, maire d’Ussel, s’interroge sur le bien-fondé de ce contournement.

Le contournement d’Ussel a joué l’Arlésienne pendant de nombreuses années. Aujourd’hui, le projet semble bien avancé mais les avis dans la commune sont partagés.
Plus personne n’y croyait ou ne voulait y croire. Et surtout pas le maire, Nadine Dufour. « On n’était pas très inquiet, dit-elle au nom de son conseil municipal. Depuis le temps qu’on en entendait parler ! ». Cela fait une vingtaine d’années en effet que le contournement d’Ussel est sur la table du Conseil départemental.
Mais il y a quelques semaines, Nadine Dufour est « convoquée » à une réunion au Conseil départemental pour évoquer le sujet.
« Et là, explique-t-elle, on m’a présenté un dossier tout prêt, avec trois tracés, sans aucune concertation préalable. Et je l’ai présenté dans la foulée au conseil municipal. On a été mis devant le fait accompli ».
Aujourd’hui, si Nadine Dufour reste « fataliste », elle souhaite toutefois inverser la tendance. « Mais aura-t-on de l’influence ? », s’interroge-t-elle. Pourtant, elle ne manque pas d’arguments contre cette décision, dont elle remet en cause le bien-fondé.
« On nous dit que c’est pour limiter le temps de ralliement de la Préfecture à l’A75. Moi, je réponds oui, mais à quelles conditions ? Pour la tranquillité ? Mais la tranquillité peut avoir un effet pervers pour le village en diminuant son attractivité », répond-elle. « Pour la sécurité ? Ussel n’est pas un point noir. Toutes les intersections sont sécurisées avec des tourne à gauche, ce qui permet de ne pas freiner la circulation qui reste fluide », réplique-t-elle encore. « Pour un gain de temps ? Oui mais très limité », rétorque-t-elle.
Nadine Dufour pointe aussi du doigt « l’impact négatif de ce projet » sur le service régulier des voyageurs, les points d’arrêt des cars de ramassage scolaire, le déneigement dans la traversée d’Ussel. Sans oublier « les terres agricoles qui seront sacrifiées » et « l’activité des commerces qui verront inévitablement leur fréquentation diminuer ».
Et de conclure : « on attend de voir comment ça va se passer mais nous seront très vigilants à ce que l’intersection qui permette de relier le bourg soit très près et qu’elle soit très sécurisée ».

Ce qu’en pensent les commerçants d’Ussel

Les avis sont partagés. Pour Françoise et André, propriétaires du Relais de la Planèze (bar, tabac, presse, restaurant, carburant) depuis 20 ans, ce contournement signera « la mort du village ».

André estime, lui, que ce n’est pas justifié : « Pourquoi Ussel mérite d’être dévié ? C’est tout droit, il n’y a aucun obstacle, ça circule bien, il n’y a jamais eu d’accident ». Il regrette par ailleurs qu’on ne lui ait pas demandé son avis. « Ça aurait été la moindre des choses ! ».

Alain, un habitué parmi les clients du couple, confirme : « ça ne sert à rien. C’est de l’argent foutu en l’air. En plus, ici, insiste-t-il, c’est le seul poste de carburant de la Planèze, le seul entre Murat et Saint-Flour. Et puis il y a beaucoup de gens de passage. Comme tous ces Aveyronnais qui s’arrêtent ici, notamment au printemps et à l’automne, quand ils transportent leurs bêtes, pour la transhumance ».
La nuit, je dors avec des bouchons
À l’heure du café, les langues se délient. « Vaudrait mieux qu’ils s’occupent des petites routes », lance un client. « Ça va couper le commerce ça, ça tue les petits villages, lance un autre. La preuve, depuis qu’il y a l’autoroute, Garabit c’est fini, ça travaille plus comme avant ».
En revanche, Thierry, le garagiste installé à l’entrée d’Ussel dans le sens Saint- Flour/Murat depuis 15 ans, s’avoue, lui, particulièrement satisfait. « C’est une bonne nouvelle. Moi, j’en ai marre des camions qui roulent vite. Ras-le-bol du bruit et de la vitesse. Car c’est peut-être limité à 50 mais personne passe à 50 ici. Un jour, ça va cartonner ! ».
« Je ne peux même pas laisser les portes du garage ouvertes, ajoute-t-il. J’habite à côté, la nuit, je dors avec des bouchons et l’été on ne peut pas manger dehors ».

Si trois avant-projets ont été dessinés, deux seulement ont été retenus, « les deux plus pertinents », selon Didier Achalme. Ces deux tracés routiers contourneraient Ussel par la droite dans le sens Saint-Flour/Murat, au niveau de Coltines.

Une jonction serait alors créée en haut de la côte de Pignou. Le choix de l’un des deux tracés, d’environ 4 km, sera fait en fonction des résultats des études topographiques, de milieux, de coûts, de préservation du paysage mais aussi des propriétés sur lesquelles sera crée l’itinéraire de contournement. « Mais, assure Didier Achalme, on restera attentifs à préserver le foncier le plus possible ». Pour l’heure, le coût estimé, « de façon très sommaire », précise Denis Audouard, est de l’ordre de 5 M€ HT.


Isabelle Barnérias (Journal LA MONTAGNE du 12/12/2017 Publié le 12/12/2017 à 06h05)